Par Jordan Soudjoukdjian, co-fondateur, et Pierre-Philippe Destruel, directeur du pôle immobilier.
Pour commencer, quel bilan tirez-vous de l’année 2025 pour le marché immobilier ?
Jordan Soudjoukdjian :
Alors là, clairement, 2025 a fait du bien à tout le monde ! On sortait de montagnes russes dignes d’un parc d’attractions. Et enfin, on a retrouvé un marché qui respire. Presque 929 000 ventes sur douze mois, c’est quand même +11 % par rapport à l’an dernier. Franchement, pour nous, c’est un peu comme revoir le soleil après un hiver trop long. Les clients ont repris confiance, les projets qui dormaient depuis 2022 ressortent des tiroirs. Bref, ça rebouge, et ça, c’est une vraie bouffée d’air.
Qu’en est-il du marché locatif ? Est-ce que là aussi vous sentez une amélioration ?
Pierre-Philippe Destruel :
Oui, on peut le dire avec un certain soulagement. Le marché locatif revient peu à peu à quelque chose de plus équilibré. La hausse des loyers s’est calmée : environ +1,3 % sur un an, alors qu’on était presque au double l’année précédente. En clair, comme davantage de ménages ont pu redevenir acheteurs, ils libèrent un peu la pression sur la location.
Mais attention, il ne faut pas se raconter d’histoires : dans les zones tendues, surtout à Paris, la tension reste très forte. L’offre est rare, la demande est massive. Donc ça va mieux, oui… mais disons que ce n’est pas encore l’heure de sabrer le champagne pour les locataires.
En ce début d’année 2026, la grande question : où vont les taux ?
Jordan Soudjoukdjian :
Ah, la fameuse question à un million… enfin à plusieurs centaines de milliers d’euros plutôt ! Aujourd’hui, ce qu’on voit, c’est que les taux arrêtent enfin de jouer à cache-cache. Le scénario le plus probable, c’est une stabilisation autour de 3,3 à 3,5 % sur 20 ans.
Alors oui, c’est plus haut qu’en 2021, c’est sûr. Mais si on prend un peu de recul, on revient à des niveaux qu’on connaissait tranquillement entre 2010 et 2015. Donc on est loin d’une situation catastrophique. Les banques continuent de prêter, les courtiers continuent de bosser, et les clients continuent d’acheter. Tout le monde s’est habitué aux nouvelles règles du jeu.
Justement, pourquoi cette stabilisation maintenant ?
Jordan Soudjoukdjian :
Il y a plusieurs raisons assez simples. D’abord l’inflation en zone euro reste un peu au-dessus des 2 % voulus par la BCE. Du coup, la Banque centrale européenne garde ses taux directeurs élevés, par prudence.
Ensuite, les obligations d’État françaises à 10 ans, les OAT, sont toujours au-dessus de 3,4 %. Ça renchérit le coût de l’argent pour les banques.
Mais malgré ça, et c’est important, les banques françaises sont là. Elles veulent financer les projets immobiliers. Pour attirer les bons dossiers, elles acceptent de réduire un peu leurs marges. Donc la concurrence entre établissements joue à fond, et pour les emprunteurs, c’est plutôt une bonne nouvelle.
On entend souvent dire que les taux immobiliers dépendent uniquement des OAT. C’est vrai ou pas ?
Jordan Soudjoukdjian :
Non, pas du tout. Ce serait trop simple sinon ! Les taux, c’est un cocktail : un peu de BCE, un peu d’Euribor, une pincée de concurrence entre banques, et on secoue.
Aujourd’hui, cette concurrence est bien réelle. Les banques se battent pour séduire les bons profils. Et tant mieux pour les clients : ça permet de garder des conditions de financement qui restent maîtrisées et relativement attractives.
Et pour 2026, comment tout cela influence le marché ?
Jordan Soudjoukdjian :
Là encore, on revient à quelque chose de logique. En 2025, on a tourné autour de 920 000 ventes dans l’ancien. Pour 2026, les experts parlent plutôt de 950 000 ventes.
Donc on part sur des volumes sains, dans la moyenne des dix dernières années. Honnêtement, c’est la preuve que le marché reste actif même avec des taux un peu plus élevés. Les clients ont intégré le contexte. Ils savent que leur projet immobilier, ce n’est pas un sprint, c’est un marathon.
Au-delà du crédit, quel est aujourd’hui le principal frein pour vos clients ?
Pierre-Philippe Destruel :
Je vais te répondre très franchement. Ce qui bloque le plus, ce n’est plus tellement la question financière. C’est surtout l’incertitude politique.
Acheter un bien, ça engage sur 15, 20, parfois 25 ans. Donc les ménages ont besoin de visibilité. Quand on ne sait pas comment vont évoluer les règles du logement, la fiscalité, les normes, les gens attendent.
Pour relancer durablement l’immobilier, il faut un cadre clair, lisible et surtout stable. Sinon, même avec un marché qui se normalise, les clients auront toujours un petit doute au moment de signer.
Pour conclure, êtes-vous optimistes pour 2026 ?
Jordan Soudjoukdjian :
De mon côté oui ! Tant que l’économie reste sous contrôle, tout pointe vers des taux stables. Donc je suis confiant… et puis un directeur du développement pessimiste, ce serait un peu un oxymore, non ?
Pierre-Philippe Destruel :
Pour l’immobilier, je suis optimiste mais de façon solennelle et prudente. Le marché retrouve son équilibre. Si le contexte général se clarifie, 2026 peut vraiment devenir l’année d’un nouvel équilibre durable pour le marché français.