Avec Karine Colombet et Loïc Nouhen, courtiers en prêt immobilier.
On entend beaucoup parler d’une stabilisation des taux en ce début de printemps 2026. Concrètement, où en est le marché du crédit immobilier aujourd’hui ?
Karine Colombet : On est clairement dans une phase de stabilisation. Après les importantes variations connues ces deux dernières années, les taux semblent trouver un point d’équilibre. Aujourd’hui, la moyenne des taux se situe autour de 3,18 % à 3,45 % sur 15 ans, 3,28 % à 3,50 % sur 20 ans et 3,38 % à 3,60 % sur 25 ans.
Ce qui est plutôt sain pour le marché.
Loïc Nouhen : Oui, et ce qu’il faut comprendre, c’est que derrière ces moyennes, il y a beaucoup de nuances. Selon la banque, la région et surtout le profil de l’emprunteur, on distingue des écarts assez importants.
Justement, est-ce que les meilleurs profils arrivent encore à obtenir de meilleurs taux ?
Loïc Nouhen : Oui, clairement. Les bons dossiers continuent d’être très recherchés par les banques. Un profil stable, avec un peu d’apport et une gestion de compte propre peut obtenir des conditions plus attractives que les moyennes du marché.
Karine Colombet : Sur certains dossiers solides, on voit encore des taux autour de 2,80 % sur 15 ans, autour de 3 % sur 20 ans et environ 3,15 % sur 25 ans. Donc oui, la qualité du dossier fait vraiment la différence.
On parle aussi de banques qui ont récemment baissé leurs taux. C’est un vrai signal pour le marché ?
Karine Colombet : Oui, notamment La Banque Postale et la Société Générale qui ont ajusté leurs barèmes ces dernières semaines. Ce sont des établissements qui servent souvent de baromètre du marché.
Loïc Nouhen : Et surtout, ces mouvements montrent que les banques veulent refaire du crédit immobilier. Elles cherchent à attirer de nouveaux clients, notamment les primo-accédants.
Justement, on a l’impression que les primo-accédants sont redevenus une cible prioritaire.
Loïc Nouhen : Assurément. Les banques savent que c’est un moteur du marché. On constate des critères d’entrée un peu plus souples, avec parfois seulement 10 % d’apport demandé, ce qui était plus compliqué il y a encore un an.
Karine Colombet : Et il ne faut pas oublier les dispositifs publics, comme le Prêt à Taux Zéro (PTZ) qui reste un levier très puissant. Dans certains cas, il peut financer jusqu’à 50 % de l’opération, ce qui change complètement l’équilibre du projet pour un premier achat.
Est-ce que l’environnement économique reste favorable aux emprunteurs ?
Karine Colombet : Pour l’instant oui. Un élément clé, c’est l’OAT 10 ans, le taux auquel l’Etat français emprunte. C’est une référence pour les banques. Début février, il a eu plutôt tendance à baisser, ce qui aide à stabiliser les taux immobiliers. En revanche il est remonté rapidement depuis début mars, à surveiller donc…
Loïc Nouhen : Il y a aussi le budget 2026 qui a rassuré les marchés financiers. Quand les marchés sont plus sereins, les banques financent plus facilement, et ça se ressent sur les conditions de crédit.
Mais certains parlent déjà d’un risque de remontée des taux avec les tensions internationales…
Loïc Nouhen : Oui, c’est le gros point d’incertitude du moment. Une crise géopolitique, notamment au Moyen-Orient, peut avoir un impact économique assez large.
Karine Colombet : Le problème, c’est souvent le pétrole. Si les prix de l’énergie montent durablement, cela peut relancer l’inflation. Et lorrsque l’inflation remonte, les banques centrales augmentent leurs taux directeurs. Ca finit par se répercuter sur les crédits immobiliers.
Autrement dit, ceux qui ont un projet immobilier ont peut-être intérêt à ne pas trop attendre ?
Karine Colombet : Exactement. On ne peut pas prédire l’avenir, mais aujourd’hui les conditions restent bonnes. Quand un projet est prêt, mieux vaut l’étudier maintenant plutôt que de spéculer sur les taux.
Loïc Nouhen : Et puis le printemps est toujours une période stratégique pour les banques. Elles veulent faire du volume, donc c’est souvent un bon moment pour négocier.
Parlons d’un sujet souvent sous-estimé : l’assurance emprunteur.
Karine Colombet : C’est un point essentiel. L’assurance peut représenter entre 20 % et 40 % du coût total d’un crédit immobilier. Pourtant, beaucoup d’emprunteurs se concentrent uniquement sur le taux du crédit.
Loïc Nouhen : Et depuis la loi Lemoine, on peut changer d’assurance à tout moment. Cela permet de mettre les contrats d’assurance en concurrence et de générer le plus souvent plusieurs milliers d’euros d’économies.
Est-ce que l’on est obligé de prendre l’assurance proposée par la banque ?
Loïc Nouhen : Non, absolument pas. Depuis la loi Lagarde, l’emprunteur peut choisir une délégation d’assurance, c’est-à-dire un contrat externe (à la Banque) souvent plus compétitif.
Karine Colombet : Et pour comparer les offres, il faut regarder le TAEA, le Taux Annuel Effectif d’Assurance. C’est lui qui permet de mesurer le vrai coût de l’assurance indépendamment du taux du crédit.
Si vous deviez donner un dernier conseil aux futurs acheteurs ?
Karine Colombet : Bien préparer son dossier. Stabilité professionnelle, apport, comptes bien tenus… cela reste la clé pour obtenir les meilleures conditions.
Loïc Nouhen : Et surtout se faire accompagner. Chaque banque possède ses propres critères et ses stratégies commerciales. Le rôle d’un courtier, c’est justement de savoir où présenter le dossier de son client au bon moment.
Karine Colombet : Exactement. Dans le crédit immobilier, le timing et la stratégie font souvent toute la différence !