Interview de Pierre Philippe Destruel, directeur du pôle immobilier MyTotem
Quel bilan tirez-vous de ce début d’année 2026 ?
On est dans la continuité de 2025. Le marché reste actif. Il y a des acheteurs. Et surtout, ils ont compris que les prix et les taux ne baisseront plus comme avant.
Côté vendeurs, on sent aussi un changement. Ils sont plus réalistes. Ils savent que c’est le bon moment pour vendre s’ils veulent concrétiser leur projet.
Le financement reste globalement accessible, donc ça aide.
Mais tout n’est pas simple. Il y a un climat un peu incertain. Entre la situation internationale et le contexte économique, les acquéreurs réfléchissent plus.
Ce contexte peut-il freiner le marché ?
Oui, clairement. L’immobilier dépend beaucoup de l’économie.
Si la situation se dégrade, ça touche la confiance. Et sans confiance, les projets ralentissent.
Il y a aussi la question des taux. Pour l’instant, ça tient. Mais les décisions de la Banque centrale européenne peuvent faire bouger les choses.
Et au quotidien, les gens voient bien que le coût de la vie augmente. Ça joue directement sur leur capacité à acheter.
La demande reste-t-elle solide ?
Oui, mais elle est plus calme.
On reste sur une hausse, autour de 6 %, mais c’est bien moins que l’année dernière. Surtout, les acheteurs ont changé. Ils prennent leur temps. Ils comparent. Ils négocient.
Aujourd’hui, environ 8 ventes sur 10 passent par une négociation. Ce n’est plus l’exception, c’est la règle.
Résultat : les délais de vente s’allongent. En France la moyenne a dépassé les 100 jours, chez MyTotem on est à 70 jours vs 62 en 2025.
Le printemps immobilier est-il en danger ?
Pas forcément. C’est encore trop tôt pour le dire. Les prochains mois seront décisifs.
Le printemps reste une période clé, surtout pour les familles.
Mais il ne faut pas oublier que beaucoup de ventes sont liées à la vie : mutation, séparation, succession. Ça, ça ne dépend pas du marché.Aujourd’hui, on est à un moment charnière. Soit le marché continue sur sa lancée. Soit il ralentit avec les incertitudes.
Les politiques actuelles suffisent-elles ?
Non, pas encore.
Le discours a évolué, c’est positif. On reconnaît davantage le rôle des propriétaires bailleurs. Mais concrètement, il manque une vraie stratégie.
Il faut aider davantage les primo-accédants. Aujourd’hui, ils ne représentent plus qu’un achat sur trois.
Des outils comme le prêt à taux zéro doivent être repensés.
Et surtout, il faut de la stabilité. Les règles changent trop souvent, notamment sur la rénovation énergétique. Ça freine les investisseurs.
Le sujet des impayés locatifs peut-il relancer l’investissement ?
Oui, c’est un point clé.
Un investisseur a besoin de sécurité. S’il n’est pas rassuré, il n’achète pas. Mais ce n’est pas le seul sujet.
Il faut aussi travailler sur l’encadrement des loyers, la fiscalité, ou encore la transformation des bureaux en logements. Ce qu’il manque aujourd’hui, c’est une vision globale.
Sans ça, le marché restera bloqué.